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  • 1 mars 2017

    En hommage aux héros de la résistance anti-communiste des années 1944-1956, autrefois condamnés à l’oubli, le 1er mars est en Pologne la Journée Nationale du Souvenir des Soldats Maudits. Les commémorations liées à cette journée se déroulent sous le haut patronage du président de la République de Pologne, Andrzej Duda.

     

    La date du 1er mars commémore l’anniversaire de l’exécution des derniers commandants de l’Union "Liberté et Indépendance". Łukasz Ciepliński ainsi que ses compagnons de lutte qui dirigeaient la conspiration à l’échelle de la Pologne toute entière, poursuivant depuis 1945 l’œuvre de la principale organisation résistante pendant la guerre, l’Armée de l’Intérieur (Armia Krajowa), ont péri le 1er mars 1951. Ils ont été assassinés d’un tir dans l’arrière de la tête par les communistes dans une prison de Varsovie.

     

    Une nouvelle étape dans l’asservissement

     

    Le Dr. Maciej Korkuć de l’antenne de l’Institut de la Mémoire Nationale (IPN) de Cracovie explique, que lorsqu’en 1944-1945, les soviétiques occupent toute la Pologne ils ne parviennent pas à introduire leurs agents dans les structures légales de la République de Pologne. Staline crée donc un État parallèle, totalement dépendant de Moscou: "les personnes liées à la lutte clandestine pour l’indépendance, et autres structures de l’État légitime étaient éliminées sans pitié, alors que concomitamment presque la moitié du territoire polonais été annexé par l’Union soviétique. Cela explique pourquoi la résistance armée et politique fut quelque chose de naturel. Pour nous, mai 1945 symbolise une nouvelle étape dans l’asservissement, alors que nos alliés occidentaux fêtaient à ce moment-là leur liberté retrouvée".

     

    L’Armée rouge ayant occupé la Pologne et l’Union soviétique ayant annexé la moitié de son territoire d’avant-guerre, des milliers de soldats n’ont pas déposé les armes, quand bien même la guerre en Occident était terminée. Comme le rappelle l’Institut de la Mémoire Nationale, le mouvement clandestin luttant pour l’indépendance, qualifié souvent "d’insurrection anti-communiste", était la forme de résistance organisée par la société polonaise face au pouvoir imposé comptant le plus de membres. En 1945, c’est-à-dire au moment où la lutte armée clandestine est la plus active, environ 200 000 personnes participaient directement à la conspiration. Parmi elles, 20 000 luttaient dans des unités de partisans, alors que les autres milliers de personnes assuraient un soutien logistique, l’approvisionnement, le renseignement, la liaison et les abris pour les combattants. À cela il faut ajouter plus de 20 000 élèves appartenant à des organisations de jeunesse s’opposant aux communistes. En tout, plus de 500 000 personnes constituaient la communauté des "Soldats Maudits". Le dernier "maquisard", Józef Franczak, agissant sous le pseudonyme "Laluś", a péri au combat en octobre 1963. L’année même où les Beatles enregistraient leur premier album en studio…

     

    Le rétablissement de la mémoire

     

    Les autorités communistes ont mené une répression de vaste envergure envers les "soldats maudits", qui ont ainsi été exécutés ou jetés en prison pour de longues années. Les unités de l’armée, de la milice, et des forces de sécurité du régime réprimaient de façon impitoyable toute aide apportée à la population civile anti-communiste. Du temps de la République Populaire de Pologne (PRL), une image mensongère des soldats clandestins était véhiculée, alors que le caractère patriotique d’une partie de ces unités était passé sous silence.

     

    Le processus de rétablissement de la mémoire ainsi que le retour à une place digne dans l’histoire pour les personnes ayant mené la lutte contre les autorités communistes n’ont pu être possibles qu’une fois l’indépendance polonaise regagnée en 1989. Des procès en réhabilitation pour les victimes du stalinisme et des tribunaux communistes ont débuté.

     

    Des recherches ont également été entreprises afin de retrouver les lieux où ont été enterrées les victimes des crimes staliniens et de leur assurer un repos digne. De nombreuses recherches scientifiques concernant les années 1944-1956 ont par ailleurs été initiées.

     

    La liberté et l’honneur

     

    L’idée d’une Journée Nationale du Souvenir a été soutenue de façon appuyée par le président Lech Kaczyński. C’est lui qui, en 2010, a transmis au parlement polonais un projet de loi en ce sens. Cet évènement y était décrit de la manière suivante: "La Journée Nationale du Souvenir des Soldats Maudits doit être l’expression de l’hommage aux soldats de la seconde conspiration et à leur bravoure, leur inébranlable patriotisme, leur attachement à l’esprit d’indépendance, et pour le sang versé pour la défense de la Patrie".

     

    "La lutte héroïque des Soldats Maudits a été un épisode supplémentaire dans ce drame historique que fut la lutte pour la Pologne libre. […] l’inébranlable attitude de ces derniers défenseurs de la République de Pologne souveraine est l’expression ultime des valeurs que, nous Polonais, chérissons plus que notre vie même : la liberté et l’honneur, la solidarité avec nos prochains et le sacrifice pour la nation", a souligné le président Andrzej Duda dans sa lettre destinée aux participants à la cérémonie consacrée cette année au souvenir des héros de l’insurrection anti-communiste.

     

    Les plus hauts représentants des autorités de la République de Pologne ont pris part aux cérémonies de la Journée Nationale du Souvenir des Soldats Maudits.

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